Au-delà des festivités religieuses et des repas copieux, la fin du mois de Ramadan en Tunisie est marquée par une tradition ancestrale d'une élégance rare : le Hak el Melh. Ce geste, empreint de tendresse et de reconnaissance, met à l'honneur la maîtresse de maison pour son dévouement tout au long du mois saint.
L'origine d'un nom symbolique
Pourquoi parler de « sel » pour offrir de l'or ou de l'argent ? Le nom de cette tradition tire son origine d'un acte de sacrifice quotidien. Pendant le Ramadan, la cuisinière, qui jeûne comme tout le monde, doit préparer des repas savoureux sans pouvoir les goûter.
Pour s'assurer que les plats ne soient ni trop fades ni trop salés, elle doit faire preuve d'un instinct et d'une maîtrise parfaite. Le « sel » symbolise ici l'effort, la patience et le don de soi derrière chaque plat servi à la rupture du jeûne (l'Iftar).
Le rituel du matin de l'Aïd
Le scénario est immuable et empreint de douceur :
Le retour de la prière : Le matin de l'Aïd al-Fitr, après la prière, le mari rentre à la maison.
L'accueil : Son épouse l'accueille avec un café et les premières pâtisseries traditionnelles.
Le geste de reconnaissance : Une fois son café terminé, le mari dépose dans la tasse vide (ou sur le plateau) un bijou — souvent en or ou en argent — ou une somme d'argent.
Ce n'est pas un « paiement » pour un service, mais un hommage à la compagne de vie, une manière de dire : « J'ai conscience de tout ce que tu as fait pour nous ».
Une tradition qui défie le temps
Bien que la modernité transforme parfois les coutumes, le Hak el Melh reste très ancré dans le cœur des Tunisiens. Il rappelle que dans l'intimité du foyer, la gratitude est le ciment du couple.
Certains voient aujourd'hui ce geste comme une occasion de renforcer les liens familiaux, rappelant que si le sel donne du goût aux aliments, la reconnaissance donne du goût à la vie.
Note : Si le cadeau est traditionnellement un bijou, l'essentiel réside dans l'intention. C'est le moment où l'on sort de la routine pour célébrer l'autre.